Passion Marine

Au tout début ne comptaient que l’ivresse de l’escale et l’attente de la terre ferme, et le départ en mer ne se justifiait pour moi que par la perspective du bout de terre qui rompt l’horizon au petit matin. Ainsi, la mer ne représentait guère plus qu’un espace de transit, une sorte d’autoroute instable et désagréable qui peut mener vers Tahiti, Hambourg ou New York. Les années défilèrent. Les jours de mer aussi. Un jour, je compris ce que les vieux marins, quelque peu blasés par les escales autour du monde, me disaient depuis pourtant longtemps : là n’est pas l’essentiel car la seule chose dont les marins ne se lassent jamais, la seule chose dont ils ressentent la nostalgie, est une émotion humaine : l’émotion d’équipage. De ce jour-là, la mer d’Iroise suffit presque à mon bonheur.

Je vous propose en 20 photos ce que j'ai aimé en 35 années d'embarquements et ce que j'apprécie toujours en larguant les amarres avec un bâtiment de la Marine nationale. 

Départ de la Jeanne d'Arc de Buenos AIRES

APPAREILLER

Le mot appareillage possède une force imaginaire et fantasmatique si démesurée que nous y percevons aussitôt images et évocations du large. Une sirène retentit, sans doute la sonorité la plus langoureuse qui existe, témoin des départs douloureux beaucoup plus que des retours où l’on semble ne pas l’écouter. Pour le marin, parfois figé au poste de bande ou plus souvent occupé à la manœuvre, l’instant se teinte d’émotions, souvent ambivalentes, mélange de sentiments contradictoires qui naviguent d'une légère tristesse à l’excitation la plus étonnante.

Dans les mers du Sud

ÊTRE EN MER

Parler de la vie en mer, c'est parler de soi car chaque marin aura son ressenti. L'horizon vide de toute terre, l'espace infini, des albatros dans les mers du sud, des icebergs à Terre-Neuve, les tempêtes, une mer d'huile en Polynésie... Et pourquoi pas les manoeuvres, les postes aviation, la vie collective, la passion pour un métier, l'éloignement de la vie terrestre…





La FREMM Normandie en mer d'Iroise

NAVIGUER

"Relève de quart, relève de quart, la demi-bordée delta au poste de navigation". Du plus imposant, le porte-avions Charles de Gaulle avec ses 262 mètres, aux plus petites vedettes de la Marine, tous sont indispensables et fonctionnent en symbiose. Il n'existe pas deux embarquements identiques même à bord du même bateau, car ce qui qualifie la vie embarquée est une vie en équipage. Naviguer est ainsi un travail d'équipe.

Briefing à bord de la frégate Tourville

VIVRE EN EQUIPAGE

La vie en mer représente une alchimie subtile entre, d’un côté la cohésion et la solidarité d’un équipage, et d’un autre, une certaine solitude et la capacité à se retrouver seul, séparé des siens. La vie en collectivité nécessite une adaptation mais le groupe en lui-même représente aussi un soutien. C'est le mot ensemble qui définit le mieux un équipage, c'est une dimension subjective, implicite, rassurante. Chaque soir a lieu un briefing autour du commandant et de l'état-major du bâtiment.

Ravitaillement à la mer

TRAVAILLER

Le marin s'identifie à un métier, une spécialité, un service. Autant qu'à un grade en fait. Le sentiment d’appartenance et d'identification à un service est très fort dans cette petite ville embarquée qui doit vivre en autarcie. La liste des métiers est longue et témoigne de la diversité des professions: manoeuvriers, mécaniciens, infirmiers, boscos, ingénieurs, boulangers, motels, commis, coiffeurs, secrétaires, aumonier, canonniers, détecteurs, transmetteurs, pilotes, fusiliers, pompiers... Ici, les marins de la frégate Guépratte se préparent à un ravitaillement à la mer.

Débarquement en Corse

S'ENTRAINER

Le métier de marin est un métier de préparation à la mission. Les équipages répètent incessamment des exercices qui permettent de se préparer à combattre, se défendre, se ravitailler, débarquer des troupes, secourir un navigateur, être présent dans une zone stratégique, surveiller une zone de pêche, surveiller les côtes, lutter contre le trafic de drogues, mener une aide humanitaire à terre. Ces fusiliers marins s'apprêtent à quitter le PHA Tonnerre pour une mission nocturne en Corse.

Le patrouilleur Grèbe au secours d'un chalutier

PROTEGER

La Marine nationale assure les missions de l’Etat en mer, en particulier le secours aux personnes et aux bateaux, la surveillance des côtes, le soutien pour des manifestations nautiques. A bord de ce chalutier, deux blessés par balles à soigner pour l'équipe de santé du patrouilleur Grèbe présent dans le Golfe de Gascogne pour la surveillance des pêches.

 

Tir de leurre anti-missile (Normandie)

COMBATTRE

Les équipages répètent incessamment des exercices qui permettent de se préparer à combattre. "Nous rentrons dans une zone de menace asymétrique, annonce la passerelle de la Normandie. Le personnel s’équipe ». Dans l'obscurité absolue, le pacha de la Normandie ordonne un tir de leurre anti-missile. La longue pause identifie ce que l'oeil ne distingue que comme une boule de feu.

Poste aviation à bord du Mistral

VOLER

« Poste Aviation, poste Aviation ! » Le chien jaune du Mistral s'apprête à accueillir des hélicoptères de l'Armée de terre. Les vols en Alouette III, SuperFrelon, Gazelle, Cougar ou Puma représentent sans doute les instants les plus étonnants d'un embarquement, quand votre demeure pendant des semaines et des mois devient un point minuscule au milieu de l'océan.

Plongée imminente (SNA Saphir)

PLONGER

Les embruns s’envolent avec volupté par dessus le massif du SNA Saphir qui vient de quitter Toulon. La mer est moutonneuse. Les derniers panneaux métalliques se referment. Le Saphir débute sa plongée. Quelques heures plus tard. "A tout compartiment, on descend à 100 mètres, surveillez l'étanchéité." Les nouveaux subissent avec bonheur le baptême de plongée à une plus grande profondeur, avec un verre d'eau salée.



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Nuit océane à bord de la Normandie

VEILLER

Le pacha d’une frégate me dit un jour : « Vous savez, nous n’attendons pas, nous sommes en veille ». Le lot quotidien du marin n'est pas le combat mais de s'y préparer, il est bien souvent une veille sans combat. Prêts à agir, à réagir, à tous moments, même quand ils ne sont pas de quart, même la nuit. La nuit est un de ces instants de veille, un instant magique où le marin peut se ressourcer et écouter le bruit des vagues et de la houle.

Tempête aux Açores (PM L'Her)

AFFRONTER

Avec le temps, les marins s’habituent aux caprices de l’océan qui peut autant remuer les estomacs que faciliter la méditation. Le marin accepte volontiers cette cyclothymie de la nature d’autant plus qu’elle est source de diversité et de changement ; malgré le roulis, il n’est pas certain que les marins ne désirent que des mers d’huile au risque d’ennui et de lassitude, et la bipolarité du climat et des mers est en fait la plus grande amie du marin.

Sport à bord de la frégate Guépratte

SE DEPASSER

Le métier de marin nécessite une forme physique et le sport en mer est à la fois un moyen d'entretenir son physique, de se préparer aux missions à venir mais aussi de se divertir. L'objectif est individuel mais aussi collectif.
L'idée est d'être capable de se dépasser, physiquement et mentalement, dans les circonstances d'exercices, de manoeuvres, d'opérations et de situations imprévues.

Débarquement sur une plage du Morbihan (Polaris 25)

DEBARQUER

Une des missions de la Marine nationale est de permettre le débarquement de troupes de l'Armée de terre, ce que l'on appelle les missions amphibies. Il s'agit d'une des missions des PHA (potre-hélicoptères amphibie) Tonnerre, Mistral et Dixmude. La Marine nationale et l'Armée de terre vivent alors en mer ensemble le temps d'un transit vers une zone de débarquement et de coordination optimale. Une pensée inévitable pour le débarquement de 1944.

Fin de commandement

HERITER

Créée officiellement en 1626, la Marine nationale fête ses 400 ans. Chaque marin qui s'engage avec la Marine devient l'héritier d'une histoire qu'il va faire vivre au quotidien et s'inscrit ainsi dans une continuité de plusieurs siècles. Le rappel des traditions est essentiel et n'empêche en rien une alliance avec la modernité. Ici le pacha de la Jeanne d'Arc quitte son commandement à bord d'un canot armé par ses officiers.

Diner à bord de la frégate TOURVILLE

PARTAGER

"La Marche, la Marche! Petit déjeuner de l'équipage". Le clairon vient de réveiller l'équipage de la frégate. La journée débute par une des activités les plus importantes en mer: les repas. Les repas en mer, ici un diner chez les officiers du Tourville, font partie de ces moments de convivialité quotidiens si importants, de courts instants où les marins se retrouvent pour discuter, rire, se confier parfois, partager leur vécu ou leurs histoires.

Le cap Horn avec la Jeanne d'Arc

DECOUVRIR

En franchissant la coupée d'un bâtiment en partance en mission, le marin imagine peu les découvertes qui l'attendent. Découvertes liées à la mission elle-même d'abord, mais aussi découvertes liées à tout ce qui est imprévu, sens étymologique de l'aventure: la venue à bord de descendants du Bounty, le cap Horn, le canal de Suez, des glaces à Terre-Neuve, le sauvetage d'un bateau à la dérive, une tempête...

Escale à Valparaiso

VOYAGER

Les marins ont aussi choisi ce métier pour voyager, apercevoir des îles et longer des côtes aux allures mystérieuses, accoster dans les ports les plus mythiques de la planète, franchir détroits et caps, souvent après de longues journées ou semaines de mer. Le marin aime la mer et ses espaces vides et infinis, mais il aime aussi apercevoir une terre à l’horizon, même une île que le bateau ne ferait qu’effleurer du regard, un bout de terre qui s’ouvre à l’horizon et laisse augurer d’un dépaysement. Enfin, une escale, ici Valparaiso au Chili tel que la ville apparait du large au petit matin.

Retour de mission

REVENIR

Quelques jours plus tard, quelques semaines plus tard, parfois quelques mois, le bateau revient au même endroit, franchit la même passe du port militaire, et est à nouveau enlacé par trois ou quatre remorqueurs qui le prennent sous leur tutelle, tandis que le pilote du port est à nouveau à la passerelle pour guider le commandement dans la manœuvre d’accostage. 

Manoeuvres à bord de la goélette Belle-Poule

AIMER ET ENDURER

Aimer et endurer, sans doute le couple le plus vrai de tout embarquement : une expérience que l'on apprécie en même temps qu'elle peut parfois être difficile pour des marins qui quittent leurs familles plusieurs semaines ou mois, qui travaillent souvent dans le froid et les embruns, qui sont soumis à une vie collective de longue durée en même temps qu'ils profitent du soutien du groupe. Et pourtant, à chaque fois, le désir de repartir se manifeste dès les premiers jours du retour à terre.